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Même si je ne vous l'ai pas dit, j'ai été

29/04/2007

29/04/07 - 17:55

Venise, le Campanile...


« Le 14 juillet 1902, à dix moins cinq du matin, la tour de Saint-Marc est tombée ». Dans toute leur histoire, aucun événement ne semble avoir plus profondément affecté les vénitiens, et la disparition du vieux campanile, par excellence symbole et emblème de Venise, tient dans leur coonversation autant de place que la chute de la République.



La construction du campanile fut entreprise, dit-on, le jour de la Saint-Marc 25 avril 912. (…)
Rien ne paraissait plus solide et plus stable que le campanile de saint marc. « Il n’avait, un guide de tourisme du XVIIIe siècle l’affirme, jamais donné le moindre signe d’inclinaison, d’ébranlement ou d’affaissement. » Il faisait si bien partie de Venise, il avait contemplé de sa hauteur tant de changements de fortune, qu’il semblait éternel et les gens le considérait avec une sorte de vénération, l’appelant « le seigneur ». Suivant une rumeur populaire, les fondation de la tour s’enfonçaient très profondément sous les pavés de la Piazza, se déployant en étoile dans toutes les directions. Tous les visiteurs font l’ascension du campanile, qu’il s’agisse d’un empereur inspectant les défenses de la lagune, ou d’un prêtre renégat pendu au beffroi dans sa cage de bois. Cependant, tel un vieil oncle valétudinaire mais intrépide, le campanile s’affaissait en secret au cours de siècles. Il avait été à plusieurs reprises atteint par la foudre, sa tête dorée attirant visiblement les catastrophes dès 1793 il avait été muni d’un paratonnerre, l’un des premiers d’Europe. On l’avait restauré et agrandissant discernement, et quelques modifications imprudentes avaient été apportées à l’intérieur de la tour. Ses briques étaient à demi pulvérisées par des siècles de vent et l’air salin. Ses fondations, certes robustes, n’étaient pas aussi invulnérables que le prétendait la légende : bien que la tour mesurât quatre-vingt-dix-sept mètres de haut, les piliers qui la supportait étaient enfoncés à moins de dix-huit mètres.


Donc, par ce matin de juillet 1902, la fameuse tour fut parcourue d’un doux frémissement, s’ébroua, puis lentement, graduellement, presque silencieusement, elle s’effondra. La catastrophe avait été prévue quelques jours auparavant : les coups de canon de midi avaient étés annulés de peur d’ébranler la construction et on avait même interdit aux orchestres de jouer sur la Piazza. Le 14 peu après l’aurore, la Piazza avait été fermée, et les vénitiens, assemblés autour de la place attendaient la fin. Lorsqu’elle arriva, les vénitiens dirent « Il Campanile xe stato galantuomo. » - « Le Campanile s’est conduit en galant homme.». Personne ne fut atteint. Un monceau de débris recouvrit le coin de la Piazza, un nuage de poussière s’éleva au-dessus de la ville, comme une colonne, puis l’enveloppa.



La seule victime fut un chat tigré, qui dit-on, s’appelait Mélampyge, comme le chien de Casanova : on l’avait enlevé par prudence de la loge du concierge, mais y était témérairement retourné pour finir son repas. L’ange de la girouette, précipité sur la Piazza, atterrit à la porte de la basilique : cela fut considéré comme le présage miraculeux de la sauvegarde de la grande église; et, en effet, une bonne partie des décombres fut retenue par le pilier trapu situé au sud de la Piazzeta, d’où étaient proclamées autrefois les lois de la République. Lorsque la poussière se fut dissipée et que les ruines furent tassées, alors on vit, reposant intacte parmi les débris de la Marangona, la première des cloches de Venise, celle qui, six siècles durant avait appelé les citoyens à leur devoir. On retrouva même sous les ruines, en très bon état, une demi-douzaines de chemises que la femme du gardien avait repassées la veille.
Tout fut rapidement nettoyé et ne resta bientôt sur cette place qu’une pyramide de briques et de pierres brisées, qui semblaient jaillies du sol (les restes furent emportés plus tard par des chalands et jetés dans l’Adriatique, accompagnés d’une couronne de laurier, en signe de deuil). J’ai rencontré un homme qui avait assisté à ce mélancolique événement et qui paraissait encore mal remis du choc. « N’avez-vous pas été étonné que pareille chose ait pu arriver ? » lui demandai-je. Il répliqua tristement : « Eh bien oui, ce fut vraiment une surprise. Je connaissais le campanile depuis toujours, comme un ami, et je ne m’attendais pas du tout qu’il tombe. »


Cette photo n'est pas de moi...


La nouvelle de la mort de ce vieux brave retentit tristement dans le monde. L’image de Venise, l’une des plus universellement connues, se trouva tragiquement défigurée, et sa ligne d’horizon parue soudain étrangement aplatie et indifférente, comme celle d’un navires sans mâts.* Le conseil de la cité se réunit le soir même, sous la présidence d’un vieux patricien, le comte Grimani, qui était maire de la ville depuis plus de trente ans. Sa décision fut d’une incomparable noblesse. Quelques vénitiens étaient d’avis que la reconstruction coûterait plus que cela ne valait. Beaucoup d’autres trouvaient que la Piazza était mieux sans le campanile. Le conseil pourtant ne fut pas d’accord et décida que le campanile devait être reconstruit « comme il était et là où il était », et l’expression est passée dans le folklore vénitien « Com’ era , dov’ era ».
L’argent afflua de toutes parts ; les plus grands experts vinrent de Rome. En neuf ans, le campanile fut reconstruit, avec une architecture modernisée, plus légère de six cent tonnes, mais ayant presque le même aspect extérieur. Les cloches fracassées furent refondues sur l’île Sant’ Elena et payées par le pape en personne –Pie X, dont les cendres devaient être ramenées à Venise si triomphalement un demi siècle plus tard. Les fondations furent renforcées par mille pilotis supplémentaires. On replaça au pied de tour la petite logetta brisée morceau par morceau, de même que les lions et les figures du sommet. Les ailes de l’ange furent éclissées. Le 25 avril 1912, mille ans jour pour jour après la construction du vieux campanile, le nouveau fut inauguré. On lâcha des milliers de pigeons qui portèrent la nouvelle dans toutes les villes d’Italie. Et au banquet de célébration six invités portaient les six chemises rescapées, dont le repassage avait été si brusquement interrompu neuf ans plus tôt.


* je pense évidemment à la ligne de New York après le 11 septembre 2001




Vous vous serez bien douté que ce texte n'était pas de moi mais de de l'excellentissime James Morris, qui, mais rien à voir avec la choucroute, est maintenant réedité en anglais, sous le nom de Jan Morris, car entretemps, il a changé de sexe !

Et je vous transmets les conseils du non moins excellent -mais toujours homme- connu ici sous le fier pseudo : Hocine 33 ...
Je (vous) recommande la lecture des ouvrages du russo-croate Predrag Matvejevic, né dans cette superbe ville qu'est Mostar, en Bosnie. Son "Bréviaire de la Méditerranée" est une véritable bible pour moi, et il a publié chez Fayard en 2004 "L'Autre Venise" qui devrait élargir (votre) vision de cette cité mythique.
Ne pas oublier que la République de Venise a surtout établi le lien entre la Mittel Europa et la Méditerranée orientale; voir pour cela Claudio Magris.
Bises

commentaires

29/04/07 - 18:33

Cette tour est magique! Une histoire longue et intense est née au pied de cette tour qui m'a uni à mon plus grand amour... En tout cas, merci pour toutes ces vues de Venise, pour tous ces souvenirs qui se réveillent en frissonnant... La plus belle ville du monde! ;)

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